C’est le genre de surprise qui rappelle pourquoi j’aime tant les livres illustrés. En parcourant le catalogue des éditions Grasset, j’ai immédiatement été séduite par des visuels d’une douceur rare. Ma curiosité m’a poussée, et grand bien m'en a pris : "Martha et moi" de Morgane de Cadier est une véritable pépite de la littérature jeunesse, peinte entièrement à la gouache.
Une délicate initiation au deuil et à l’absence
L’histoire s'ouvre sur un chien, immobile, devant une maison fermée. Sa maîtresse, Martha, n'est plus là. L'autrice fait ici un choix narratif d'une grande intelligence : le décès n’est jamais nommé explicitement. Tout est suggéré, murmuré entre les lignes.
Ce parti pris force les jeunes lecteurs (et les plus grands) à tisser eux-mêmes les liens, à décoder les silences et les images. C’est une approche d'une pudeur infinie pour aborder le deuil avec les enfants, sans fard mais sans trauma.
La poésie des mots pour apprivoiser le manque
Le texte est d'un lyrisme absolu. Au fil des pages, on suit ce compagnon à quatre pattes dans ses souvenirs, errant dans une nostalgie douce-amère. J'ai d'ailleurs arrêté ma lecture pour noter ce passage, qui m'a profondément touchée :
"J'aimerais qu'un chemin me ramène à hier matin. Là où les miettes tombaient encore par terre. Mais toutes les rues vont vers demain."
Cette citation résume à elle seule la dualité du livre : la tentation de se replier sur le passé, et cette force invisible qui nous pousse, malgré nous, à avancer.
Du souvenir à la reconstruction : s'ouvrir aux autres
"Martha et moi" n’est pas un livre triste, c’est un livre qui guérit. Petit à petit, "l'air de rien", notre héros poilu recommence à lever le nez. Il croise d'autres regards, s'ouvre au monde et commence à partager ses souvenirs et ses expériences avec son entourage.
C'est une magnifique leçon de vie : Martha est partie, mais elle ne l'a pas laissé désarmé. Elle lui a légué la plus belle des armures : la confiance en lui et en l'avenir.
Infos pratiques :
Titre : Martha et moi
Autrice / Illustratrice : Morgane de Cadier
Éditeur : Grasset Jeunesse (Merci à eux pour cet envoi !)








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