Connaissez-vous ce sentiment, à la sortie d'une salle obscure, d'avoir les poumons plus larges et le regard plus aiguisé ? C’est l’effet que m'a fait "Le Chant des Forêts", le nouveau documentaire de Vincent Munier.
En tant qu'adepte inconditionnelle de son travail, je ne pouvais pas rater ce rendez-vous. Pour moi, ses photographies ne sont pas de simples clichés animaliers : ce sont des œuvres d’art. Et retrouver les Vosges à travers son objectif, c'était la promesse d'un voyage au cœur de l'invisible.
Un regard qui magnifie l’imperfection
Ce qui me touche chez Vincent Munier, c'est cette distance qu'il prend avec les codes classiques de la photo animalière. Là où d'autres s'acharnent sur une netteté chirurgicale ou un cadrage millimétré, lui cherche l'émotion du tableau.
Dans ce film, comme dans ses livres, l'animal n'est pas un sujet isolé : il fait corps avec les éléments. On le devine dans le coton d'un brouillard givrant, on le cherche dans l'épaisseur de la neige ou l'ombre d'un vieux sapin. Munier ne photographie pas un lynx ou un cerf, il photographie une présence.
L’écoute avant la vue : la surprise sonore
Si je m'attendais à être éblouie par les images, j’ai été cueillie par le son. Le film laisse respirer la nature. Les paroles sont rares, laissant toute la place au "chant" de la forêt.
On partage l'intimité de l'affût : on entend le craquement d'une branche, le chant des oiseaux, et ce silence habité qui précède l'apparition. On écoute l'animal avant de le voir. Et quand il surgit enfin, l'éblouissement est total, presque physique.
Une histoire de racines : de père en fils
"Le Chant des Forêts" est aussi un film sur la transmission, et c’est peut-être ce qui le rend si universel. On y découvre trois générations de Munier : Michel, le père naturaliste, celui qui a initié Vincent et qui se bat depuis toujours pour la préservation des vieilles forêts vosgiennes. Vincent, le guetteur de lune, qui transforme cette passion en poésie visuelle. Simon, son fils, qui découvre à son tour la magie du Grand Tétras ou le chant d'une grive.
Voir ces trois hommes partager des instants hors du temps, dans le respect absolu du vivant, est d'une beauté désarmante. C'est une fresque familiale où les souvenirs d'hier rencontrent les espoirs de demain.
Pourquoi c'était important d'aller voir ce film ?
Au-delà du spectacle, c'est une invitation à redécouvrir ce monde sauvage qui vit juste à côté de nous, mais que nous avons désappris à regarder. Michel Munier nous rappelle que l’émerveillement est la première étape de la protection et qu'elle ne vient pas uniquement des animaux les plus rares.








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