La Forêt Millénaire : Le chant du cygne inachevé de Jirô Taniguchi

 

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Il est des lectures dont on ressort avec un sentiment étrange, un mélange de plénitude contemplative et de frustration silencieuse. C’est précisément ce que j’ai ressenti en refermant "La Forêt Millénaire", l’ultime voyage de Jirô Taniguchi.

Si vous suivez mes lectures, vous savez l'affection particulière que je porte à ce maître du trait. Mais ici, l'expérience est différente : on ne lit pas seulement une histoire, on effleure les dernières pensées d'un génie.


Un voyage sensoriel à l'italienne

Dès l'ouverture, le format surprend : un album à l'italienne (tout en largeur), intégralement en couleurs. On est à la croisée des chemins entre le manga traditionnel et la bande dessinée européenne. Taniguchi nous invite à la contemplation pure.

L’histoire nous plonge dans le quotidien de Wataru, un jeune Tokyoïte déraciné par le divorce de ses parents et la maladie de sa mère. Accueilli par ses grands-parents à la campagne, il va découvrir bien plus qu'un nouveau décor. Il va découvrir une forêt séculaire qui semble lui murmurer des secrets oubliés.


Éveiller les consciences : le dernier combat de Taniguchi

Ce projet n'était pas anodin. Taniguchi souhaitait y aborder des thèmes qui lui tenaient viscéralement à cœur : Le retour aux sources : L'intrigue se déroule sur les terres de son enfance, marquées par un véritable séisme et les débats houleux autour de la découverte d'uranium. L'harmonie avec la nature : À travers Wataru, ce garçon qui "entend" les arbres, l'auteur voulait nous alerter sur la nécessité vitale de restaurer notre lien avec l'environnement.

C'est une œuvre qui cherche à éveiller les consciences, sans jamais être moralisatrice, simplement en nous montrant la beauté de ce que nous risquons de perdre.


Un goût d'inachevé et un héritage précieux

Je dois vous l'avouer : je suis restée sur ma faim. Le récit devait initialement s'étaler sur cinq albums. Le destin en a décidé autrement, et la maladie a emporté l'auteur avant qu'il ne puisse mener Wataru au bout de son initiation.

Pourtant, cette édition est un cadeau. Le dossier final, les entretiens avec son éditeur et les croquis inédits issus de ses carnets personnels nous permettent de deviner ce qu'aurait pu être la suite. Taniguchi nous laisse sur une dernière page d'une beauté saisissante, comme un ultime au revoir.

Conclusion  :

C'est un chef d'oeuvre tronqué mais indispensable pour tous les amoureux de la nature et du neuvième art.





Pour prolonger l'immersion : 

  1. Le Sommet des Dieux (Taniguchi) : Pour rester dans la force de la nature, mais cette fois-ci face à la verticalité implacable de l'Everest. C'est le sommet (littéralement) de son art narratif.

  2. L'Homme qui marche (Taniguchi) : Si vous avez aimé le côté contemplatif de La Forêt Millénaire, ce titre est indispensable. On y apprend à redécouvrir le monde à hauteur d'homme, un pas après l'autre.

  3. Quartier Lointain (Taniguchi) : Pour le lien avec l'enfance et la nostalgie des terres natales. Un chef-d'œuvre absolu sur le temps qui passe.

  4. Princesse Mononoké (Studio Ghibli) : En dehors des livres, ce film de Miyazaki fait écho de façon saisissante au message de Taniguchi sur la lutte entre progrès industriel et forces spirituelles de la forêt.



  • Titre : La forêt millénaire
  • Auteur : Jirô Taniguchi
  • Editeur : Rue de Sèvres
  • Age conseillé : A partir de 14 ans

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