La bicyclette hantée : Gail Herman



J’ai lu La bicyclette hantée à mes élèves de CM1 et j’ai été frappée par la façon dont cette histoire, en apparence légère, les a immédiatement happés. Ils se sont attachés à Emma avec une finesse qui m’a surprise, sensibles à sa solitude, à la pauvreté de sa famille, et à la violence silencieuse des moqueries qu’elle endure. Ils ont très vite compris que l’humiliation laisse une trace, et que ce roman offrait une occasion rare de la regarder en face.


La vieille bicyclette, objet ridicule aux yeux de ses camarades, est devenue pour eux un véritable personnage. Ils ont suivi chacun de ses caprices avec un mélange d’amusement, d’inquiétude et d’excitation, élaborant des hypothèses au fil des chapitres. Très vite, certains ont senti qu’il se cachait quelque chose derrière ces comportements étranges, comme si la bicyclette avait une intention propre.

La rencontre d’Emma avec ce petit garçon vêtu de vêtements d’une autre époque a déclenché un autre type de réactions. Les élèves ont observé chaque détail, ils ont reconnu dans son attitude quelque chose de doux et de triste, et plusieurs ont formulé l’hypothèse qu’il n’était peut-être pas tout à fait comme les autres. Le fantastique s’est installé dans la classe avec beaucoup de naturel, presque comme s’ils l’attendaient.

Lorsque la révélation est arrivée, celle d’un fantôme dont l’histoire resurgit grâce à la bicyclette, tout s’est éclairé. La scène où Emma rencontre la fille adulte du garçon a particulièrement marqué les élèves. Ils ont soudain compris que cette amitié improbable dépassait le temps, que la bicyclette n’était pas qu’un objet capricieux mais un lien, une manière pour le passé de se faire entendre.


C’est peut-être cela qui les a touchés le plus profondément. Sous le mystère et l’humour, le roman raconte la nécessité d’être vu, d’être reconnu, et la possibilité pour une enfant humiliée de trouver une présence solide, même inattendue. Le récit a glissé doucement du rire au frisson, puis du frisson à l’émotion pure. Dans nos lectures au long cours, rares sont les histoires qui parviennent à créer un tel équilibre. Celle-ci a trouvé sa place sans effort.

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