parce que je deteste la coree chang kang myoug


 Un livre devenu best-seller en Corée du sud et qui ose traiter d'un sujet important celui de la génération " Hell Joseon ".

Le récit :

Kyena est une jeune fille qui ne se sent plus à sa place en Corée du Sud. Elle décide alors de fuir son pays pour l'Australie, laissant derrière elle un petite ami adorable, une famille qui compte beaucoup sur elle et ses amies. Cependant, arrivée en Australie, rien ne se passe vraiment comme elle l'aurait voulu ...

Mon avis :

L'auteur, ancien chroniqueur d'un grand quotidien touche au cœur des problèmes de la société coréenne qu'il connait bien. Il présente une analyse fine, parfois philosophique , de sujets sérieux d'où son succès en Corée du sud.

La génération " Hell Joseon " :

Symbolisée par Kyena, ce sont des jeunes entre 20 et 30 ans qui ne se sentent pas épanouis et ont un regard négatif sur leur pays.

L'héroïne décrit formidablement bien le pourquoi de ce malaise. Malgré la modernité de cette société sur le plan économique, elle reste totalement sclérosée entre différentes strates sociales et il est très difficiles de passer de l'une à l'autre. Les chances laissées aux femmes de se faire une place dans la vie professionnelle sont minimes. Notre autrice a 27 ans, sa famille n'a pas de voiture, elle n'a jamais eu de chambre à elle alors qu'elle travaille. Tout ce qu'elle souhaite est d'être en accord avec elle même quite à bousculer l'ordre établi ...

L'exil en Australie :

Lorsque Kyena arrive en Australie. Elle se remémore sa vie en Corée et on comprend mieux, face au choc des cultures qui se fait où les bas blessent. C'est toute la différence de culture entre une civilisation occidentale et une civilisation asiatique qui se confronte.

La Corée du sud un enfer pour ses jeunes ? 

L'auteur répond à ces questions et soulève les sujets qui fâchent. La société coréenne n'est pas un enfer pour tous ses jeunes. Ceux qui sont bien nés ne vivent pas la pression exercée de la même façon. Par contre ceux qui sont en bas de l'échelle, sans beaucoup de chance que cela change, voyant l'étalage d'argent, les différences sociales, subissant le mépris, ... Pour ces jeunes coréens, oui cette vie peut être un enfer. 

Le rêve ultime pour eux est d'intégrer un chaebol (un grand groupe coréen) mais seul ceux sortant de la grande université de Séoul y parviennent et encore la concurrence est rude. Une concurrence qui force les parents à pousser leurs enfants dès le plus jeune âge. La pression est immense. Alors lorsque les jeunes se retrouvent confrontés au mépris d'une société pour laquelle l'image compte plus que tout, qui leur fait comprendre qu'ils doivent tout donner pour elle mais qui en retour ne les protège pas l'incompréhension se fait. 

Le pas est grand entre des jeunes ultra protégés ayant les meilleurs postes et les meilleurs salaires et ces jeunes sans protection sociale ayant un  salaire moindre que celui de leur parent et pas de perspectives d'avenir. Et encore lorsqu'il réussissent à intégrer un Chaebol, ils se heurtent à une hiérarchie et un conservatisme de l'ancien monde. Les jeunes vivent avec cette peur constante de ne pas réussir et d'être humiliés en permanence d'où la volonté de se tourner vers des concours de fonctionnaire. Ces jeunes qui en arrivent à ne plus vouloir se marier ni avoir des enfants ont trouvé un porte parole dans Chang Kang-myoung qui ose éclairer ce qui reste d'habitude dans l'ombre. 

Plus qu'une critique d'un phénomène de société, je vois ce livre comme une main tendue vers les responsables politiques les appelant à faire bouger les lignes.  J'ignore cependant l'impact qu'il a réellement eu dans son pays.

L'avis de Kathel

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Editions Picquier

Traduction : Lim Yeong-hee et Mélanie Basnel

Paru le 7 septembre 2017

176 pages