king kong theorie despentes

Je cherchais un livre pour le nouveau challenge, La semaine sans complexe, lancé par notre Stéphie nationale du blog : Mille et une frasques quand je me suis souvenue d'une libraire à Rennes qui avait parlé d'une de ses plus grosse claque littéraire : King Kong Théorie de Virginie Despentes.  Qu' à cela ne tienne je me suis fait plaisir dans une de mes librairies préférées et suis rentrée avec l'objet de mon désir sans vraiment savoir à quoi m'attendre et là ... La claque ! Elle fut d'autant plus forte que je n'avais jamais lu cette auteure et étais passée à côté de bien des polémiques qui me font fuir dès que j'en perçois les relents ...
Enfin bref, ma première question après une telle lecture a été de savoir comment j'avais pu passer à côté d'une telle bombe ? Mes premiers ressentis ont été de me sentir forte, puissante, sans peur, assumée, ... A bas la dictature des genres, les stéréotypes de toutes sortes qu'on nous vend dès la naissance, les effets pervers de certaines littératures quand le recul est absent, de certaines politiques, de la domination masculine imposée subrepticement autant aux hommes qu'aux femmes, de la victimisation des femmes, de la volonté d'en faire de petites choses fragiles, de ce déni de leurs compétences, de la volonté de ne les faire briller que par leur féminité. Mais c'est quoi la féminité ? Et pourquoi cette mise avant constante dans la publicité, dans les magazines, dans la société, dans tous les milieux même intellectuels, ...  

Ne vous attendez pas à lire une fiction, ce livre est avant tout un essai dans laquelle L'auteure avance des théories certes mais en se servant de son expérience personnelle. Elle nous parle de son rapport à la féminité et commence par son viol à l'âge de 17 ans et la façon dont elle va vivre avec. C'est trois ans plus tard qu'elle va réaliser lors du viol d'une de ces connaissances à quel point il l'a marqué. Elle va chercher dans les livres et la littérature des réponses mais :

"Les livres ne pourront rien pour moi. Ça ne m'était jamais arrivé."

C'est alors que va apparaître dans sa vie Camille Paglia dont la lecture d'un article va la bouleverser et trouver résonance en elle. 

" Pour la première fois, quelqu'un valorisait la faculté de s'en remettre, plutôt que de s'étendre complaisamment sur le florilège des traumas. Dévalorisation du viol, de sa portée de sa résonance. Ça n'annulait rien à ce qui s'était passé, ça n'effacé rien de ce qu'on avait appris cette nuit là. "

Il faut savoir que Camille Paglia est une féministe américaine très controversée qui pense que le viol est le risque inhérent à la condition féminine dès lors que celle-ci ose, sort, prend le risque de vivre ...

" Elle était la première à sortir le viol du cauchemar absolu, du non-dit, de ce qui ne doit surtout jamais arriver. Elle en faisait une circonstance politique, quelque chose qu'on devait apprendre à encaisser. Paglia changeait tout : il ne s'agissait plus de nier, ni de succomber, il s'agissait de faire avec."

A partir de là, Virginie Despentes va s'atteler à nous démontrer de quelle façon sourde la femme est reléguée à sa maternité, à sa féminité, à une image au fond impossible à atteindre.

" L'idéal de la femme blanche, séduisante mais pas pute, bien mariée mais pas effacée, travaillant mais sans trop réussir pour ne pas écraser son homme, mince mais pas névrosée par la nourriture, restant indéfiniment jeune sans se faire défigurer par les chirurgiens de l'esthétique, maman épanouie mais pas accaparée par les couches et les devoirs d'école, bonne maîtresse de maison mais pas bonniche traditionnelle. "

Et clarifier si besoin est le droit des femmes à disposer d'elle même et de leur corps à travers les rapports qu'elles souhaitent. L'analyse qu'elle fait de la prostitution et de la pornographie est révélatrice de l'image de la femme dans la société. Une pornographie faite et pensée par et pour les hommes qui s'identifient souvent au corps magnifié de la femme qui n'est rien d'autre dans sa façon d'être et de faire que la projection d'un homme ayant la possibilité d'être une femme ... 

Et n'allez pas croire que c'est un livre sur les femmes écrit pour les femmes. J'ai trouvé sa façon de parler des hommes d'une grande beauté,  elle s'est livrée à une véritable recherche sur l'identité masculine, sur ce qu'il leur est demandé pour paraître Homme.

Un livre à lire et relire sans modération !


complexe

Ma première participation au challenge de 
La semaine sans complexe chez Stéphie !

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Editions Grasset et Fasquelle
Paru en 2006
145 pages