la bête qui meurt philip roth

Philip Roth a tout pour me plaire. La lecture de son livre m'a bousculé comme peu de livres le font. Il faut dire qu'il a l'art de toucher aux tabous comme personne !


Le statut de critique culturel à la télévision et à la radio confère à David Kepesh, homme de la soixantaine à la libido suractive, un certains succès auprès de ses étudiantes. Parmi ces apprenantes se trouve Consuella Castillo, vingt quatre ans, filles de riches émigrés cubains qui va devenir la maîtresse de ce séducteur invétéré car "émerveillée" par la culture dont il se fait l’apôtre ... Très vite, la dépendance sexuelle va naître ...

Ce texte m'a remué en ce qu'il a l'art d'égratigner certaines certitudes que je pouvais avoir, il m'a même parfois franchement énervée mais je préfère ça à un texte d'une platitude navrante.

Le sexe semble être au cœur des interrogations de cet écrivain pour qui il fait tourner le monde et il ne voit pas ou s'interroge sur la façon dont on pourrait s'en passer. A travers son personnage, c'est en quelque sorte un testament qu'il nous livre et un questionnement sur la vieillesse et la mort :

"Que faire quand on a soixante deux ans et que l'urgence de cueillir ce qui se cueille encore n'a jamais été aussi impérieuse ?"


Le sexe est l'accomplissement ultime pour qui le personnage est prêt à tout : mentir, jouer, se perfectionner, ... Je m'avancerai en parlant d'une peur de l'impuissance mais le sexe tient une telle place, que sans lui on se demanderai ce que serait cet homme.


"C'est seulement quand tu baises que tu prends ta revanche, ne serait-ce qu'un instant, sur tout ce que tu détestes et qui te tient en échec dans la vie. C'est là que tu es le plus purement vivant, le plus purement toi-même. Ce n'est pas le sexe qui corrompt l'homme, c'est tout le reste. Le sexe ne se borne pas à une friction, à un plaisir épidermique. C'est aussi une revanche sur la mort. Ne l'oublie pas la mort. Ne l'oublie jamais . Non, le sexe n'a pas un pouvoir illimité, je connais très bien ses limites. Mais, dis-moi, tu en connais un pouvoir plus grand ?"

Les descriptions concernant la dépendance sexuelle sont elles aussi révélatrices. J'ai aimé cette fragilité de ce surhomme, jaloux des moindres instants passés sans sa belle, apprenant la jalousie, la manque de confiance, ... Il redevenait humain et pour la première fois créait un lien véritable.

Un coup de cœur pour cet auteur avec qui je n'ai pas fini d'en découdre !


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Edition : Gallimard
Date de parution : 2001
137 pages