La série Black mirror saison 4

black mirror saison 4

La saison 4 de Black Mirror, la fameuse série imaginée par Charlie Brooker,  est disponible depuis le 29 décembre sur Netflix. On pourrait aisément la classer dans les dystopies mais n'est-ce pas  avant tout une série qui nous éclaire sur le monde dans lequel nous vivons ?

N'avons nous pas accueilli le tout numérique les bras ouverts ? Facebook, Tweeter, Instagram, ... Les réseaux sociaux, les moteurs de recherche, les écrans, notre smartphone ? Personnellement, je l'ai vécu comme un progrès, la preuve je suis là à m'exprimer sur un blog ... Internet est devenu un outil de travail d'autant plus que je suis ZIL (remplaçante dans l'éducation nationale) et n'ai pas les moyens d'acheter les derniers livres sur  chaque niveau de l'école élémentaire. De plus, lorsque des projets sont mis en place et que j'ai besoin de ressources, il est si simple maintenant de les trouver sur la toile. Je me dis : " Quel gain de temps ! Quel progrès ! "

En écoutant la radio pendant ces vacances et notamment sur la sortie des premiers téléphones portables qui semblait tant réjouir, j'ai réalisé que c'était il n'y a pas si longtemps que ça ...  Pourtant, aujourd'hui beaucoup ne pourraient plus sans passer,  nous avons été submergé, nous nous sommes volontairement laissé submerger et pas seulement par les téléphones portables mais les écrans sans prendre de recul, sans vraiment nous poser de questions. Voilà pourquoi j'aime Black Mirror. Cette série interroge et nous fait s'interroger. 

Chaque épisode est indépendant et a son propre réalisateur. Le seul fil conducteur étant de soulever un des nombreux voiles sur les effets et les conséquences du numérique. Bien sûr que Black Mirror exagère certains traits mais tous vraiment ? 

Et elle commence fort cette saison. Le premier épisode, "USS Calister" réalisé par Toby Haynes aborde le sujet sur les réalités virtuelles : Robert Daly a créé un jeu multijoueur en ligne qui connait beaucoup de succès et pourtant son associé lui vole la vedette et il se retrouve être maltraité par ses collègues. Pour se venger, il crée une branche alternative au jeu et introduit ses fameux collègues, numérisés grâce à leur ADN, dans cette partie du jeu dont il devient chaque soir, chez lui, le héros. 

Seulement voilà, il ne se contente pas d'accomplir des exploits, le pouvoir absolu le perverti. L'intérêt est de montrer cette fuite de la réalité grâce au virtuel mais surtout ces jeux donnent une illusion de pouvoir. On ne perd jamais vraiment et on gagne par des attaques, des jugements sans réflexion, sans arguments, sans procès. On donne libre cours à ses pulsions sans répression, sans se soucier de l'autre ... On l'accepte parce que c'est dans une réalité virtuelle.  Ah bon, pourquoi ?

Le second épisode qui a été réalisé par Jodie Foster, "Arkangel" m'a beaucoup touché parce qu'il parle du monde de l'enfance et de la construction d'un individu. L'histoire est celle d'une mère célibataire qui a un jour failli perdre sa petite fille alors qu'elle l'avait emmené dans un parc, l'aventurière en herbe avait juste voulu aller voir ce qui se passait un peu plus loin. Cela a suffit pour que la mère lui fasse poser un implant et l'espionne via une tablette. Pire, elle pouvait flouter chez sa petite fille tout ce qui était susceptible de lui faire peur ... La mère développe une addiction à cette forme d'espionnage sans du tout mesurer les ravages que cela produit sur son enfant.

Très vite, on se rend compte qu'une enfant privé de liberté, d'expérimentations propres va se construire avec difficultés mais au-delà cet implant n'est-il pas une abbération ? Pourtant il est vendu et proposé comme étant sans danger mais qui à l'heure actuelle peut dire que c'est sans danger surtout avec le peu de recul qu'on possède ? Une entreprise vraiment ?

"Hang the DJ" fait beaucoup parler. Il y est en effet question de sites de rencontres, d’algorithme, de sexe, ...  ajoutez à cela qu'il est réalisé par Tim Van Patten (Games of thrones) ceci expliquera peut être le bruit qui est fait autour de cet épisode ... Disons qu'il a le mérite de montrer la dépendance au système dans nos relations à l'autre mais je le trouve bien moins abouti : manque de limites, flou, ...

"Black Museum", réalisé par Colm McCarthy, par contre résume à lui seul, bien des questions soulevées dans les premiers épisodes en pointant du doigt la notion même d'individu. Une superbe chute à cette saison époustouflante.


Black Mirror est une série qui a le mérite d'avoir lancé un éclairage sur notre société en devenir en plus d'être agréable à regarder. Chapeau bas !