Innocent de Shin'Ichi Sakamato


Lorsqu'un japonais, Shin'Ichi Sakamoto s'empare de l'histoire de France et plus précisément de la Révolution Française, on peut s'interroger sur sa façon de l'envisager mais étant une fan de Lady Oscar c'est avec fébrilité que j'ai plongé dans cette série en 9 volume (finie au Japon) qui retrace l'histoire du bourreau de Louis XIV, Danton et Robespierre, Charles Henri Sanson.

Il semblerait que Shin'Ichi Sakamoto ait été impressionné par ce personnage, Charles Henri Sanson, officiellement exécuteur des hautes œuvres de Paris pendant plus de 40 ans. Il faut dire que notre homme, en plus d'avoir exécuté de grands noms aurait donné la mort à plus de 3000 personnes.

" Sur la palette d'un peintre, lorsque les couleurs se mélangent les unes aux autres, elles perdent de leur pureté mais donnent naissance à une infinité de nuances; Pour les hommes, ce sont leurs mensonges et leurs blessures qui les façonnent de manière irréversible. Est-il possible de rester pur et innocent ? "

Sakamoto nous offre le portrait d'un garçon sensible, en proie au rejet de la société de l'époque. Il faut dire que les bourreaux et leur famille étaient craints. La population les voyait comme porteur de grands malheurs si par malheur on les croisait ou pire on entrait en contact physique avec eux. Une tradition française existe encore : il ne faut jamais mettre le pain à l'envers sur la table (il était autrefois réservé au bourreau et ne pouvait se mélanger aux autres). Dans la version romancée de Sakamoto, Charles Henri souffre fortement de ce rejet, il n'aime ni la violence ni la mort qui suivent sa famille comme une ombre. Il souhaiterait échapper à son destin mais à l'époque il est compliqué de fuir le carcan imposé, même si la société est en plein bouleversement. 

Sakamato prête également à notre héros des pulsions homosexuelles. Il va très vite s'éprendre d'un fils de comte ajoutant un poids de plus sur les épaules de ce garçon qui parait particulièrement frêle. On se dit qu'il ne survivra pas dans ce monde barbare mais toujours il se relève face à l'horreur, à l'adversité et on vibre. 

Je ne vous parle même pas des dessins magnifiques en noir et blanc au crayonné élégant, sensuel qui nous donne de l'émotion rien qu'en les regardant. Ils ont un rendu photographique qui frise la réalité et retranscrivent magnifiquement la décadence et les heures sombres que vivaient les personnages à l'époque.


Un vrai, un grand coup de cœur !



Le mercredi c'est BD
chez Stéphie

Edtions Delcourt
Collection : Seinen Delcourt
Date de parution en France : 2015