Ma mère à l'Ouest d'Eva Kavian

ma mère à l ouest kavian

A la base destiné à un public adolescent, j'ai pensé en lisant ce livre me confronter à une lecture du genre simple voyez-vous ? Non ? Et bien tant mieux parce que QUELLE ERREUR ! C'est une lecture dure, qui vous retourne comme une crêpe et vous questionne particulièrement.
Samantha est une fillette que les services sociaux ont pris en charge estimant sa mère, Betty,  inapte à s'occuper d'elle puisque déficiente mentale. Nous allons donc suivre les tranches de vie de cette enfant puis adolescente et de sa construction.

Ne cherchez pas de misérabilisme, il n'y en a pas. Paradoxalement, malgré les situations ô combien difficiles vécues par Samantha et Betty, on trouve énormément de tendresse, d'amour et d'humour. Le discours parfois direct de notre héroïne nous fait entrer assez rapidement dans son intimité. On découvre en premier lieu tout l'amour d'une mère déficiente mentale dont le monde subitement ne gravite plus qu’autour de son enfant. 

" Betty n'est pas complètement demeurée. Elle se concentrait simplement sur l'essentiel et l'essentiel c'était Samantha. "

Cependant, à l'âge de six ans lorsqu'il faut scolariser la petite fille : le regard, les stéréotypes et les a prioris sur lesquelles beaucoup se fondent auront raison d'elles. Samantha sera envoyée en famille d'accueil. Une première question se pose sur la nécessité de ce placement quand l'enfant se trouve dans un foyer aimant. D'autant plus que ces familles qui correspondent aux normes de la société bourgeoise, éduquée, ... s’avéreront sous le vernis bien autre que ce qu'elles semblent être ... 

" ... il était devenu fou. ... il avait une envie insupportable de lui empoigner les fesses. ... Le corps de Louise, les fesses de Louise. Ses seins, bon Dieu, ses seins. "

On y parle de gens simples qui peinent à vivre, parfois " différents" mais ayant de l'amour et des valeurs face à une hypocrisie bourgeoise qui imposent règles et morale tout en y dérogeant allègrement et c'est amené avec tellement d'humour que l'on en sourit.

On y trouve également tout un pendant psychologique car les thèmes de la séparation, de la destruction, de l'édification de murs pour se protéger avant la réunification ne sont pas absents. Le livre commence d'ailleurs par l'édification du mur de Berlin. 

"J'ai commencé à construire le mur de la honte. Mon mur à moi ... "

Le titre du livre prête à sourire également par ses références géographiques, psychologiques et allégoriques.

Eva Kavian pose avec justesse les dysfonctionnements des services sociaux malgré les belles personnes que l'on peut y trouver, les problématiques posées par l'éloignement d'un enfant avec sa famille et le fait que le plus important pour élever un enfant ne se trouve ni dans l'argent, ni dans la position sociale, ni dans les diplômes.  

Edition : Mijade
Date de parution : 2012
142 pages

8 commentaires

  1. Ce que tu racontes me rappelle étrangement le roman de J. Benameur "Les demeurées", puis il prend une Toute autre tournure.
    Comme tu en parles,Il me tente beaucoup.
    Bon dimanche soir Cristie :)

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  2. Je ne l'ai pas lu mais en ai entendu beaucoup de bien.
    Bon dimanche soir à toi également !

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  3. Typiquement le genre de livre que je devrais adorer.

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    1. Oui, il y a de fortes chances pour qu'il te plaise !

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  4. Je ne connais pas ce titre, et ce que je viens d'en lire me donne bien envie de le découvrir!

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    1. Je n'avais rien lu sur ce livre et suis un peu tombée par hasard dessus. Ce doux hasard m'a fait souvent fait de belles surprises !

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