maus art spiegelman bd

Il ait des livres que je fais patienter dans ma PAL un petit moment, attendant le bon moment pour les ouvrir ou parfois un concours de circonstances ... Le moment était venu et la rencontre fut un choc. Parfois, à trop attendre un livre, on finit par être déçu. Ce n'est pas le cas pour ce livre qui était même au-delà de mes espérances.

Le livre s'ouvre sur une histoire anecdotique mais révélatrice de l'ambiance dans laquelle a été élevé Art. Alors qu'il n'avait que dix ou onze ans, il est rentré en pleurs chez lui. Son père, Vladek Spiegelman, bricolait à l'extérieur et lorsqu'il lui a demandé ce qu'il avait Art lui a confié sa tristesse face à ses amis partis sans lui. La réponse de son père a été cinglante : 


"Enfermez-vous tous une semaine dans une seule pièce, sans rien à manger. ALORS, tu verras ce que c'est les amis ! ...". 

Art se construit avec de terribles secrets de famille car son père est un rescapé d'Auschwitz. Il élaborera une première mouture du récit alors qu'il est étudiant. Puis commencera, dès 1972, a enregistrer les récits de son père et à se livrer à un véritable travail de recherche sur ce qu'a été cet holocauste. Pour aboutir à ce chef d'oeuvre !

Il y a plusieurs orientations dans cette lecture et c'est un peu ce qui en fait toute sa richesse. En premier lieu, on pourrait parler d'un versant psychologique par le biais des liens familiaux : le père et le fils ont beaucoup de mal à s'entendre. Art  trouve son père presque proche de la caricature du vieux juifs : radin, antipathique, caractériel, ... Très vite, il étouffe quand il se retrouve en sa compagnie, quant il n'est pas furieux ou mort de honte. La question se pose bien sûr de savoir si ce ne sont pas des séquelles des camps qui l'ont rendu à ce point invivable mais d'autres survivants ne semblent pas réagir de la même façon. Une chose est sûre cela lui a laissé de nombreuses séquelles mais pas seulement ... La mort d'Anja, mère de Art, elle aussi rescapée, qui s'est suicidée plus tard semble les hanter tous les deux. Il y a dans ce cheminement comme un désir de retrouver celle qu'ils ont perdu ... et cette difficulté pour se construire et vivre en tant que survivant ...

L'utilisation de la métaphore animalière pour représenter les juifs et les nazis ainsi que les civils polonais par le biais de souris, de chats ou de cochons, m'a permise de prendre de la distance avec l'horreur qui était présente en arrière plan et de ne pas tomber dans le larmoyant ce que j'aurai trouvé assez lourd. Le procédé est donc particulièrement efficace. Efficace aussi ce mélange d'autobiographie, de fiction et de documentation qui créé une oeuvre d'une densité et d'une richesse sans pareil.

C'est une oeuvre créative de la mémoire ni plus ni moins. Une lecture indispensable !

"Quand j'étais petit, je n'étais pas sûr qu'être juif soit une si bonne idée - J'avais entendu dire qu'on tuait des gens pour ça"



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Editions Flammarion
Réedition : janvier 2012
296 pages