le chien qui louche davodeau

Je ne vous présente plus Etienne Davodeau, auteur de Rural, de l'émouvante et merveilleuse Lulu femme nue ou encore de l'incontournable Les ignorants qui m'a initié en même temps que son viticulteur au neuvième art. Cet auteur a une place à part pour moi ... Alors je vous laisse imaginer ma joie lors de la découverte de son dernier livre : Le chien qui louche, un livre qui parle d'amour et d'art. Tout ce que j'aime !

Fabien est surveillant au musée du Louvre et aime son métier. Il a dans sa vie et dans son cœur une jeune femme Mathilde avec qui il rêve de partager sa vie. Ils prennent un jour le train afin de rencontrer la famille de Mathilde vivant près d'Angers. La jeune femme prévient Fabien qu'ils sont un peu spéciaux et c'est donc empli d'appréhensions qu'il découvre le clan Benion. Ils ne sont pas méchants mais la subtilité n'est pas leur fort ! Pour eux, le fait que Fabien travaille au Louvre est une aubaine car ils possèdent dans leur grenier une toile peinte par un aïeul au XIX siècle et ils aimeraient beaucoup savoir combien elle vaut. Puis pourquoi pas la faire entrer au musée ? Cela ferait plaisir au grand père de voir ça avant qu'il meure ! Là, Fabien est un peu embêté car la toile en question n'est ni plus ni moins qu'une croûte représentant un chien qui louche. Alors que pour les Bénion l'affaire est entendue. De retour à Paris, la vie reprend son cours. Fabien en aurait  presque oublié l'affaire lorsque les frères de Mathilde lui rendent une visite surprise au musée lui demandant où il en est des ses démarches pour faire entrer leur peinture dans le musée. Après tout de cet engagement dépend l'entrée dans la famille Bénion ... Fabien est donc très mal. C'est Monsieur Balouchi un visiteur assidu du musée qui viendra à son secours. Il lui apprend qu'il fait partie de la très secrète République du Louvre qui s'intéresse au bizarre, à l'improbable ...

L'histoire d'amour entre Fabien et Mathilde qui ne cesse de se chahuter est d'une fraîcheur réjouissante. Ils finissent de toute façon très souvent par se réconcilier de la meilleure façon qui soit. La rencontre avec la famille de celle-ci crée des quiproquos et des malentendus très drôles. Ajoutez à cela des dialogues très vivants et vous obtiendrez une belle comédie qui fait plaisir à lire !

Mais ce qui m'a intéressé c'est le regard qu'Etienne Davodeau porte sur " la gigantesque machine muséographique qu'est le Louvre ". C'est impertinent en ce sens qu'il nous montre que beaucoup de personnes qui vont au Louvre y vont pour voir la Joconde. Fabien n'est plus gardien de musée mais plutôt répondeur : La Joconde ? c'est par là ! Cela tout le monde le sait, cependant on découvre au travers du personnage de Monsieur Balouchi (mon préféré) qu'il faut savoir regarder au delà de ce qui a été catégorisé comme chef d'oeuvre, qu'il faut savoir revenir sur les œuvres, qu'il faut savoir porter un regard neuf sur toute chose même celles moins connues j'ai presque envie d'ajouter surtout celles moins connues, puis au fond c'est quoi une oeuvre d'art ? Qui décrète qu'une oeuvre devient oeuvre d'art ?

La seule chose que je souhaiterai ajouter c'est qu'il ne faudrait pas qu'on tombe dans l’excès inverse ;  la victoire de Samothrace m'a particulièrement marquée. Elle n'avait pourtant pour moi pas plus de valeur qu'une autre oeuvre mais je suis restée figée à la contempler. Il faut savoir regarder ces œuvres là aussi ...

Une très belle oeuvre encore une fois de maître Davodeau !


Un grand merci à Evelyne et aux éditions Futuropolis !
Lu dans le cadre du mercredi c'est BD chez Mango



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Editions Futuropolis en co édition avec le Louvre
Octobre 2013