la vie d'adele bd

Des mois que je piétinais à l'idée de voir ce film tiré de : Le bleu est une couleur chaude, magnifique BD de Julie Maroh. Le fait qu'il ait eu la palme d'or n'avait fait qu'ajouter un peu plus de piment à cette attente. Il faut dire aussi que du réalisateur, Abdellatif Kechiche, je connaissais L'esquive qui m'avait totalement retourné. L'histoire d'adolescents vivant dans les cités et voulant mettre en place une pièce de Marivaux suite à la demande de leur professeur de français. Je ne vous gâcherai pas la surprise en vous racontant la violence d'une scène qui a quelque peu modifié mon regard ...

Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire, Adèle, une adolescente de 16 ans, va au lycée et adore lire mais déteste lorsque ces professeurs décortiquent l'oeuvre faisant table rase de son imagination. Elle est entourée d'un groupe d'amis qui parlent très souvent sexe et s'avèrent parfois oppressants. Un jour qu'elle se ballade en ville, Adèle croise le regard d'une femme aux cheveux bleus, Emma, manifestement homosexuelle dont elle tombera de suite amoureuse. Une femme qui va hanter ses nuits de rêves érotiques auxquelles Adèle succombe pour en ressortir avec le poids de la culpabilité. Elle a effectivement du mal à accepter son attirance pour les femmes et va donc essayer de sortir avec un garçon pour prouver au monde qu'elle n'est pas lesbienne. C'est peine perdue, le malaise suscité par le mensonge est encore plus grand. Elle se confie donc à un ami homosexuel et prend la décision de rompre puis le suit le soir dans un bar gay. La fille aux cheveux bleus est là et perçoit la détresse et l'attirance de cette jeune fille pour son monde. Très vite une relation passionnelle se noue ...

Très vite j'ai reconnu la patte d'Abdel Kechiche, j'étais en terrain connu. De plus, je connaissais l'histoire mais j'attendais autre chose une autre vision, un lever de rideau sur un point que j'aurai ignoré. Je n'ai pas été déçue, le film est différent de la BD. C'est une vision totalement propre du réalisateur même si il en a gardé les grandes lignes. Ainsi, la scène où Emma se fait surprendre la nuit en allant chercher une boisson dans le frigo, alors qu'elle est nue et qui provoque la violence des parents de Clémentine qui comprennent à ce moment quel type de relation leur fille entretient avec Emma. Aucune trace dans le film ce que j'ai regretté car elle montrait bien l'homophobie de certains et la difficulté pour des parents d'accepter l'homosexualité de leur enfant. La scène de rupture entre Emma et sa petite amie lesbienne disparu aussi. C'était pourtant une autre scène qui m'avait marqué mais peut être pas indispensable. De plus Adèle s'appelle Clémentine et Emma meurt dans la BD, pas dans le film.

Adèle est le véritable prénom de l'actrice et le réalisateur semble un peu obsédé par cette actrice en ce qu'il multiplie les gros plans sur son visage. Je ne voyais pas le décor autour et parfois cela me dérangeait. Heureusement, au bout d'un moment il a pris une certaine distance et je pense que c'est à partir de ce moment là que je suis entrée dans l'histoire. La vie d'Adèle porte bien son nom car j'ai suivi Adèle dans son quotidien, au lycée. Je l'ai vu loin d'être sous son meilleur jour, j'ai constaté ses questionnements d'adolescente, son mal être m'ont touché ainsi que sa difficulté à s'affirmer face à des personnes obtus ... 

Lorsqu'elle rencontre Emma le soleil entre dans sa vie, leur relation est extrêmement passionnelle. Les scènes de sexe sont d'une intensité ... En fait elles ont suscité plusieurs réactions en moi d'abord la peur que cette histoire d'amour que j'avais tant aimé tourne à la simple histoire de sexe. Ensuite, je n'ai pu m'empêcher de comparer ces scènes avec celles tournées par François Ozon dans Jeune et jolie et qui étaientt à l'opposé de ce que je voyais. Je précise que j'ai beaucoup aimé le film d'Ozon mais les scènes de sexe était totalement froide, tout était étudié pour mettre le corps de son actrice en valeur dans des poses voulues. Bref, c'était un peu comme tourner les pages d'un catalogue de mode. Alors que là, aucune lumière ne mettant en valeur le corps des actrices. Cela m'a fait l'effet d'arriver subitement dans leur chambre et de contempler deux femmes faisant l'amour mais qui étaient tellement l'une avec l'autre qu'elle ne pouvait pas me voir. C'est vous dire à quel point les scènes sont réalistes (ma voisine a même mis la main devant les yeux tant elle était gênée ...). L'histoire a ensuite pris une autre ampleur. C'est une véritable histoire d'amour que nous a offert Abdel en pointant peut être beaucoup sur les différences sociales entre nos deux héroïnes qui s'avère un frein à leur vie commune et sur laquelle j'ai un peu moins adhéré mais que l'on peut mettre aussi sur la difficulté de vivre en couple. L'amour pourtant reste là bien présent et devient presque une malédiction car comment vivre après avoir connu l'amour lorsqu'on n'a pas la chance de vivre avec l'être aimé ?

Une merveilleux film !


L'artiste peintre Cécile Desserle qui a inspiré au réalisateur les scènes d'amour !