" Quand Léa ne travaille pas dès le lever, juste après le premier café, ça ne lui vaut rien. 
Il lui faut saisir la façon dont son corps va s'articuler au monde avant que la journée avec les autres ne commence. Seule, dans le jour qui vient, par des exercices répétés, elle tisse des liens avec l'air. Une grammaire sensible, improbable, à réexpérimenter chaque matin. 
Elle s'oriente."


Léa est menée par une quête de la perfection du geste et s'est jetée à corps perdu dans ce qui est devenu sa raison de vivre, la danse. Peut être pour oublier cette peur sourde qui l'habite, cette sensation d'être sur le point d'exploser, cette retenue qu'elle a qui l'empêche de s'abandonner et notamment à Bruno, le peintre de l'immobile. Dans la création d'une nouvelle chorégraphie, dont sa mère est l'objet centrale, elle décide d'aller de l'avant et d'accepter de poser nue pour Bruno. D'où surgit alors cette honte devant le regard de l'amant, cette impression d'être livrée en pâture ? Elle n'aura d'autres choix que de se rendre auprès de sa mère dans ce village du bord de mer, un soir de tempête, afin d'entendre enfin la parole de ce qu'elle pressent ...

Alternant entre passé et présent, on découvre l'histoire sombre du passé de Romilda sur lequel l'auteure va faire toute la lumière. C'est l'histoire d'une très jeune fille exploiter sexuellement par l'homme dont elle est tombé amoureuse, un français prénommé Jean Baptiste et qui l'a conduite en France, loin de Naples où elle vivait avec sa mère. Un conjoint pour qui elle s'abandonnera cédant à ses moindres caprices allant jusqu'à devenir l'esclave qu'il offrira à d'autres durant trois années.

Une histoire tue qui la hantera comme elle habitera sa fille et c'est bien là toute la force de ce livre que de constater les effets ravageurs quarante ans plus tard des non dits. Les deux héroïnes étant murées dans leur silence par peur, par honte de déplaire ou de se perdre. Jeanne Benameur sait conter les histoires les plus violentes avec une réelle pudeur et retenue. Sa prose frôle la perfection. Elle a accompli le tour de force de m'emporter dans un ballet de mots poétiques et m'offrir des images dont je porte encore la trace.   


Lu dans le cadre du challenge organisée par Noukette

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Editions Acte Sud
2008
157 pages