Une lecture fluide, presque trop
J’ai refermé Amalia avec un sentiment paradoxal : celui d’avoir passé un moment agréable, mais sans en garder de véritable trace. La bande dessinée d’Aude Picault se lit vite, sans aspérité, portée par un dessin doux et expressif. Tout est à sa place. Peut-être un peu trop.
Amalia est au bord du burn-out. Elle jongle entre une enfant de quatre ans, une belle-fille adolescente hostile, un travail vidé de son sens et une inquiétude diffuse face à l’état du monde. Dit ainsi, le programme est clair. Trop clair, même. On comprend immédiatement où l’autrice veut nous mener, et le récit suit ce fil sans jamais vraiment s’en écarter.
Un sujet fort… devenu familier
Il serait injuste de reprocher à Amalia son sujet. Le burn-out, la charge mentale, la fatigue émotionnelle, la perte de sens au travail, l’éco-anxiété : tout cela est réel, documenté, vécu. Mais justement. Ces thèmes ont été beaucoup traités ces dernières années, en littérature comme en bande dessinée.
Ici, rien n’est faux. Mais rien n’est réellement déplacé non plus. Le récit ne surprend pas, ne déstabilise pas, ne dérange. Il accompagne. Et parfois, accompagner, c’est aussi rester en surface.
On reconnaît immédiatement les situations, les dialogues, les silences. Trop immédiatement, peut-être. J’ai eu la sensation de lire une BD qui confirme ce que l’on sait déjà, plutôt que de l’éclairer autrement.
Une famille attachante, véritable point fort
S’il y a un élément qui m’a retenue, c’est la famille. Les relations entre Amalia, sa fille Lili et sa belle-fille Nora sont crédibles, nuancées, jamais caricaturales. Les tensions ne sont pas spectaculaires, elles sont ordinaires et c’est précisément ce qui les rend justes.
Nora, adolescente fermée et agressive, n’est pas réduite à un rôle d’“ennemie domestique”. Lili n’est pas idéalisée. Amalia elle-même n’est ni héroïne ni victime absolue. Sur ce point, Aude Picault réussit quelque chose de fin : montrer une cellule familiale imparfaite, mais vivante.
C’est probablement là que la BD trouve sa sincérité.
Le poids du contexte de lecture
Il faut aussi être honnête : j’ai lu Amalia juste après À l’est d’Éden de John Steinbeck. Et ce n’était sans doute pas le meilleur enchaînement possible.
Après une œuvre ample, tragique, profondément enracinée dans la complexité humaine, Amalia m’a semblé légère non pas au sens reposant, mais au sens peu consistante. Le contraste a accentué ce sentiment de déjà-vu, de récit sage, presque trop bienveillant avec son lecteur.
Ce n’est pas un défaut intrinsèque de la BD. Mais la lecture n’existe jamais hors contexte. Et ici, le contexte a compté.








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