La couverture du soldat de Lidia Jorge

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Je débute le challenge Portugal avec ce titre de Lidia Jorge : La couverture du soldat. Une déclaration d'amour qu'une fille porte à son père absent. 

A Valmares, une petite fille qui vit dans une grande maison familiale, découvre qu'elle est, non pas la fille de son père déclaré, Custodio Dias, mais de son oncle, Walter. Elle va donc grandir avec l'image de l'absent qu'elle va se constituer en évitant d'écouter ce que lui en dit la famille et quelques objets que celui-ci lui a légué : des dessins d'oiseaux qu'il découvre en parcourant le monde, une couverture de soldat et un revolver avec lequel elle dort.

" Sans moi Maria Ema serait aux côtés de Walter, les fils de Custodio Dias, seraient d'une autre femme et mes frères seraient les fils de Maria Ema et de Walter Dias. Peut-être qu'ils existeraient et pas moi. J'étais la fille d'un hasard, d'une bêtise de jeunesse de l'exubérance du corps ... "

Le livre est complexe, la narratrice parle tantôt à la première personne : "je" puis devient parfois "elle". La chronologie est respectée mais avec des retours en arrières de moments marquants, il est comme constitué de collages d'instants de vie. Le livre est atypique, poétique et déstabilisant mais retranscrit l'atmosphère avec force. Ainsi, quand arrive le moment de le fermer  l'histoire est toujours présente.

Largement inspirée de l'enfance de l'auteur, c'est avec un plaisir sans fin que j'ai suivi ces deux histoires d'amour qui emplissent la maison familiale de non dits et touche chacun sans qu'aucun n'ose pour autant parler. Les différentes personnalités sont touchantes et criantes que ce soit cette femme déchirée entre deux hommes, le discret mari toujours présent, la narratrice qui évolue de façon différente dans cette société où les femmes étaient souvent soumises.

L'incipit vous donnera peut-être envie de le découvrir :

« Comme la nuit où Walter rendit visite à sa fille, ses pas s’arrêtent à nouveau sur le palier, il se déchausse contre le mur avec l’agilité d’une ombre, il s’apprête à gravir l’escalier et je ne peux l’en dissuader ni l’arrêter pour la simple raison que je désire qu’il atteigne vite la dernière marche, qu’il ouvre la porte sans frapper et franchisse le seuil étroit sans dire un mot. Et c’est ainsi que les choses se passèrent. Le temps de reconstituer ses gestes ne s’étaient pas écoulé que déjà il était au milieu de la pièce, ses chaussures à la main. Il pleuvait en cette lointaine nuit d’hiver sur la plaine de sable et le bruit de l’eau sur les tuiles nous protégeait des autres et du monde comme un rideau tiré qu’aucune force humaine n’aurait pu déchirer. Autrement, Walter ne serait pas monté et ne serait pas entré dans la chambre. »




Editeurs : Metailié
Traduit du portugais par  Geneviève Leibrich
Titre original : O vale da paixao
Date de parution : 1998
Date de parution pour la traduction française 1999
201 pages